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Le tatouage polynésien

L'art du tatouage ou tatoo en Polynésie française
© Ty SAWYER

Le tatouage, un art polynésien

Particulièrement développé dans l’ensemble des îles de la Polynésie française à l’arrivée des premiers missionnaires dans la première moitié du XVIIIe siècle, l’art du tatouage appelé tātau (action de poser, d’apposer, de déposer, d’insister) ou bien na'ona'o (graver, incruster, marquer, teindre) avait complètement disparu dans les îles de la Société, jusque dans les années 1980 où il réapparaît sur les corps des militants du « Renouveau Culturel Mā'ohi ». L’esthétisme et l’originalité des motifs ainsi qu’une quête identitaire profonde entraîneront alors une véritable renaissance de cet art mystique, qui a très largement conquis l’international aujourd’hui.

Les mythes fondateurs font remonter l’origine du tātau aux divinités du temps primordial qui raffolaient de cette activité. Matamata-ā-rahu (origines des arts) et Tūra'i-pō (repousser les ténèbres), deux divinités artisanes du dieu Tā'ere (noircir, obscurcir) réussirent à séduire Hina-'ere'ere-manu'a, fille aînée du premier homme Ti'i et de la première femme Hina, en lui montrant les jolies dessins qui ornaient leurs corps et dont les motifs étaient l’œuvre du dieu Tohu (créer par le verbe ou par l’esprit), créateur des dessins et des couleurs des poissons.

Les motifs et leurs significations

Les anciens Polynésiens pensaient que ces décorations esthétiques pouvaient traduire leurs caractère et personnalité, mais aussi faire ressortir leur beauté, leurs vêtements et parures. Plus encore — et peut-être pourrait-on y voir une forme d’écriture hiéroglyphique conventionnelle —, les femmes et les hommes organisaient les motifs de tatouage de manière à mettre en exergue leurs statut et prestige, leur appartenance à un clan ou à une communauté — les huit ordres de la communauté des arioi (troubadours ou comédiens ambulants) se distinguaient d’ailleurs les uns des autres, notamment par les tatouages qu’ils portaient —, leur totem ou ancêtre protecteur, leur divinité tutélaire, leur vie tout simplement, telle une biographie ou le livre de toute une vie.

Divers et variés, les motifs pouvaient exprimer et signifier l’univers, les mondes minéral, végétal et animal, les actions et hauts faits des hommes, les croyances, les vues de l’esprit, les états de l’âme et les mouvements du cœur, etc. Et l’un des motifs les plus importants, sinon le plus prestigieux est sans nul doute celui appelé « fai » qui est représenté par un losange et qui exprime ce qui a trait à l’organisation, l’ordre, la civilisation, la connaissance, la sagesse, le pouvoir, en un mot : le MANA.  

Pratiqué par un tātātau (frappeur marqueur), seul, ou bien sous la directive du tahu'a tātau (maître/spécialiste du tatouage) dans le cas de candidats au tatouage au statut très prestigieux, le tātau pouvait être entrepris dès les premiers rites initiatiques du passage à l’adolescence ou taure'are'a marqués par les premières règles pour une jeune fille et le rituel de la « super-cision » pour le jeune garçon, généralement entre 10 et 12 ans. Les rites du tātau pouvaient durer quelques années comme ils pouvaient se faire tout au long de la vie de l’individu.

Pour s’adonner à leur art, les tātātau fabriquaient une sorte de peigne à tatouer ou , constitué d’un petit manche en bois sur l’extrémité duquel ils attachaient un petit peigne fait à partir d’os d’oiseaux pointus ou de dents de poissons. L’opération du tatouage consistait à tremper le peigne dans un colorant noir obtenu à partir de la suie de la noix de ti'a'iri (qui rehausse la peau) ou de bancoulier (Aleurites moluccana) brûlée ; on le plaçait ensuite sur la peau, puis au moyen d’un petit bâton, on donnait des petits coups sur le en suivant une rythmique autrefois généralement guidée par d’anciennes paroles mythiques qui racontant l’origine du tatouage et qui réinitialisait le pouvoir du rituel qui donne vie aux motifs qui, une fois apposés ou tau sur la peau, deviennent sacrés et donc tapu (interdits), faisant dès lors partie de l’intimité et de l’identité même de celui ou celle qui les porte.

Le tatouage se portait sur pratiquement toutes les parties du corps ; généralement le torse, du bas jusqu’au milieu du dos, les épaules, la face intérieure des bras, les pieds, le côté extérieur de la jambe jusqu’à la hanche pour les hommes ; et les mains, les doigts, les poignets, les pieds jusqu’à la cheville, ou encore les lobes et l’arrière des oreilles pour les femmes.  Le visage et la gorge n’étaient pas tatoués, à quelques rares exceptions, comme aux Îles Marquises ; le front pouvait l’être également, d’un seul motif, chez quelques guerriers ou prêtres.

De hier à aujourd'hui

On assiste aujourd’hui à un véritable engouement des jeunes générations pour cet art ancien, et un véritable phénomène de mode a gagné la planète toute entière. Les tātātau des temps modernes ont simplement remplacé leur peigne à tatouer et leur percuteur de bois par des machines électriques plus précises et plus rapides comme le « dermographe » ; la sono hurlante a remplacé le murmure des paroles magiques du tahu'a tātau ; la stérilisation des outils, les conditions sanitaires strictes ainsi que les baumes anesthésiants ont détrôné le MANA du dieu Tohu, invoqué alors pour apaiser la douleur et cicatriser les perforations…

 

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