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Culture

Le lever des pléïades

Le mythe de la création raconte qu’à l’origine des mondes célestes, la divinité RUA-TUPUA-NUI, bras droit armé du Grand Créateur TA'AROA, prit pour femme la     divinité du monde des humains ĀTEA-TA'O-NUI, et naquirent de leur union les Étoiles filantes FETU RERE, la Lune MĀRAMA, le Soleil RĀ et les comètes FĒTŪ AVE. Puis vinrent les premières constellations, Persée FA'AITI, le Chariot FA'ANUI, les Gémeaux FA'ATĀPOTU… etc.

Or, les Polynésiens ont toujours accordé une importance capitale aux étoiles et aux constellations, tant au niveau de la navigation hauturière — elles leur servaient de boussole et permirent ainsi l’expansion et le développement de la civilisation Mā'ohi sur le Grand Océan Pacifique, TE MŌANA NUI Ō HĪVĀ — qu’à celui des liens essentiels de vie qui unissent encore l’Homme à son environnement au travers de croyances, de paroles, de gestes, de rites et rituels ancestraux. Citons pour exemple les diverses phases lunaires qui, marquant à la base les jours (ou plutôt les nuits, ru'i), les mois et les années, étaient autrefois déterminantes dans l’organisation de rites sociaux, politiques et religieux, comme dans la programmation des activités de pêche et d’agriculture.

Mais la lune et le soleil n’étaient pas les seuls astres à marquer de leur cycle la vie quotidienne profane et sacrée du Polynésien. Ainsi, les constellations intervenaient-elles dans le découpage climatique du temps, la division de l’année en saisons.

En Polynésie française, deux saisons dominantes rythment l’année. La première, chaude et humide s’étend de la mi-novembre à la mi-mai ; la deuxième, fraîche et plus sèche s’étend sur l’autre moitié de l’année. La saison chaude est dite « Saison d’abondance », TAU 'AUHUNERA'A et est annoncée par l’apparition dans le ciel crépusculaire de la constellation des PLÉÏADES, MATĀRI'I, au-dessus de l’horizon, aux alentours du 20 novembre.

C’est aussi la saison des pluies qui voit fleurir et s’illuminer Dame Nature — sa tīare pua éclose et sa tīare tahiti épanouie.

Les vieilles récoltes disparaissent, les essences renaissent et les femmes récoltent les fruits nouveaux du soleil, tel celui de l’arbre à pain, 'uru.

La pêche et l’agriculture battent leur plein et les hommes ramènent la bonite, 'auhopu et le thon, 'ā'ahi…      

Cette constellation, disons plutôt ce petit « amas d’étoiles ouvert », constitué d’environ 500 étoiles dont seulement 7 sont visibles à l’œil nu, revêt une importance particulière dans la vie du Polynésien, car sa première apparition annuelle dans le ciel annonce le début de l’année — le vrai Matahiti 'āpī mā'ohi — et avec lui, l’abondance et l’exubérance d’une nature providentielle : montée de sève, floraison, reproduction, production, surproduction… en un mot, l’Abondance, TE 'AUHUNE.

C’est la saison, le temps de MATĀRI'I-I-NI'A, par opposition à celui de MATĀRI'I-I-RARO (Pléïades-en bas ; elles ne sont plus visibles dans le ciel).

Et comme ranimé, réanimé, réveillé et réactivé par le cycle inaliénable du renouveau du MANA de la terre, du ciel et de la mer, le Polynésien exalte son esprit et œuvre à la réussite de ses projets et travaux —il crée, il façonne ; il discoure, il prie ; il chante, il danse ; il partage, il transmet ; il aime, il engendre…

Aux Tuamotu, l’apparition de Matariki dans le ciel annonce le retour en masse des tortues qui apportent prospérité, progrès et fécondité au peuple Pa'umotu.

Aux Marquises, à Nuku Hiva, la fête de la grande récolte du fruit de l’arbre à pain, ko'ina tapavau est célébrée pendant la saison d’apparition de Mata'iki. Et plus que clanique, cette fête revêt les caractéristiques d’une fête nationale, à l’occasion de laquelle l’on célèbre le temps des réjouissances et de la paix : les clans amis ou ennemis s’unissent, la trêve est déclarée.

À Vaihī (Hawai'i), fin novembre marque le début du Ho'o-ilo (la saison des pluies) et l’apparition dans le ciel de Makahiki qui marque le jour le plus sacré de l’année. C’est l’époque où l’on célèbre les récoltes, le temps du repos intérieur et du renouveau de l’esprit des anciens. On célèbre aussi l’équivalent de notre fête des Premiers fruits, parara'a matahiti (de novembre à décembre), où les premiers fruits sont donc offerts aux grands chefs, où des rites de purifications sont pratiqués. Makahiki symbolise la saison de la paix, sans guerres ni conflits, le temps de la fête, la levée des interdits, le temps du renouveau, de la renaissance.

Aux Samoa, le mois de novembre est considéré comme « le temps premier de l’émergence de la multitude », Taumāfāmua, car le poisson est abondant pendant ce mois-là, surtout le pālolo, rare et non accessible à tous. C’est alors pour les Samoans le temps de grandes réjouissances où l’on partage le pālolo, notamment avec ceux qui ne peuvent le pêcher. Dès lors, plus de différences, plus d’interdits ni de restrictions, c’est le temps du partage et de l’unité.

Du côté de Teaotearoa (Nouvelle-Zélande), le lever de Matariki est signe de réjouissances et de festivités qui marquent le début de l’année, avec les mêmes rites, rituels et pratiques qu’en Polynésie française.

Étrangement, cet événement astronomique et culturel trouve également écho chez le peuple Adipones du Paraguay, qui accueille l’apparition des Pléïades par des acclamations rythmées par les sons festifs des trompettes. Elles représenteraient le retour des ancêtres, la guérison, la renaissance.

Encore plus loin de « chez nous », les mères Hottentots en Afrique du Sud emmènent leurs enfants sur la colline la plus proche et les encouragent à accueillir les Pléïades les bras levés amicalement vers elles, pour que règnent l’entente et la paix parmi les membres de la communauté.

Enfin, en Indes, tout autrefois, mais aujourd’hui encore persistant dans quelques mémoires, les Pléïades sont aussi la constellation qui marque le début de l’année.

Ainsi, célébrées dans toute l’ère polynésienne, en Océanie, et même au-delà, l’universalité de MATĀRI'I (début / commencement - de la multiplicité / de la diversité / de l’acceptation humble / du recevoir) recèle des valeurs fondamentales qui rappellent, malgré la distance et la distinction identitaire, une mémoire humaine commune, primordiale et inaliénable qu’il nous faut continuer à transmettre : celle de la rencontre essentielle, celle de l’alliance précieuse, celle de la fusion inévitable, entre l’Homme, la Nature et le Divin.

'Ia ora 'o Matāri'i ! 'Ia ora i te Ao ! 'Ia ora na i te Ora !…

Que vive Matāri'i ! Longue vie à l’Univers ! Salutations à la Vie !…

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